Histoire de foutre un peu plus la merde dans les services et de fonctionner encore moins bien, il faut savoir que les municipalités intègrent un système de quotas très particulier. C’est-à-dire qu’à part les branleurs et autres, les collectivités doivent en plus embaucher des handicapés. Physiques ou intellectuels, c’est selon. Bon, moi j’ai rien contre mais vous allez voir que ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Quand la Cheftaine se marre, c’est toujours mauvais signe. Pour être complètement franc, ça sent même un peu toujours la merde. Essentiellement pour nous, d’ailleurs. Son sens de l’humour étant ce qu’il est, on peut être sûr de s’en prendre dans la gueule quelque chose de bien.

Une fois n’est pas coutume, la Grande Salope me fait signe pour que je la rejoigne dans son bureau. Histoire sans doute de partager avec moi une franche rigolade. Je me pointe donc, un peu méfiant, puis elle m’invite à venir voir quelque chose sur son ordinateur. Une fois que je suis derrière elle, outre son string très apparent,  je constate qu’elle tient des dossiers sur l’ensemble du personnel. Bah en même temps, les rapports, faut bien les stocker quelque part. Je note donc mentalement le chemin de mon dossier à moi, histoire d’y revenir un peu plus tard quand elle ne sera plus là. Oui, je sais, c’est pas gentil mais j’en ai pas grand chose à foutre.

Donc voilà qu’elle pointe du doigt le dossier de Marie-Madeleine. Pour les branleurs qui ont eu la flemme de lire tous mes billets, Marie-Madeleine illustre parfaitement l’introduction de celui-ci. Catholique intégriste et convaincue, on ne peut pas dire qu’elle a la lumière à tous les étages. Elle est même du genre spéciale, enfin plus encore que le fonctionnaire type. Donc je regarde tranquillement son dossier, lorsque je me rends compte que la Cheftaine en a modifié l’icône pour y mettre le sigle des handicapés.

Sympathique comme je suis, je lui fais remarquer que cette initiative peut sembler un peu déplacée. Elle me regarde comme un poisson mort avant de me demander de développer un peu plus. Et me voilà en train de lui expliquer que le service des ressources humaines de la collectivité ne serait pas forcément ravi qu’elle illustre de cette façon les quotas auxquels nous sommes soumis. La remarque semble faire mouche dans la mesure où, durant quelques minutes, la Cheftaine semble de plus réagir. Elle reste en effet immobile, le regard fixe, sans doute en train de réfléchir à mes propos.

Puis, sans détours, elle conclue sa méditation en me confiant qu’elle n’aime ni les vieux, ni les anormaux. Qu’ils l’agacent, qu’ils nuisent à la bonne tenue du service et que, si elle le pouvait, elle n’hésiterait pas à faire un bon coup de ménage.

Et humaniste, avec ça.



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