Une journée de merde comme une autre dans la vie d’un fonctionnaire. Ce matin, j’arrive légèrement en avance, croise une Marie-Madeleine hagarde qui avance en dodelinant de la tête puis lance un “bonjour” collectif avant de filer droit vers mon bureau. Une fois n’est pas coutume, j’ai du boulot qui m’attend. Enfin, pas du travail dans le sens où vous l’entendez, plutôt des informations complémentaires à glaner. Une semaine, c’est suffisant pour se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond ici. Maintenant, j’ai besoin de savoir si je suis le seul à trouver ça louche ou si je peux trouver du soutien quelque part.
Forcément, je pense immédiatement aux “vieilles salopes”, comme dirait la Cheftaine. L’ennemi de mon ennemi étant mon ami, je décide donc de me rendre au fin fond du service afin de rencontrer la plus vieille de toutes, la grande Raymonde.
Raymonde, c’est un peu l’éléphant du service. Trente ans de service, trente ans d’histoire, elle a survécut à de nombreux chefaillons ainsi qu’à de nombreuses municipalités. En gros, c’est quelqu’un qui peut m’apprendre à survivre et puisque la Cheftaine ainsi que ses sbires tendent à la considérer comme le Mal incarné, c’est qu’elle doit être plutôt sympa. Raison de plus de faire sa connaissance.
Coup de chance, elle est à son bureau. Comme elle est intelligente, je sais d’entrée de jeu que je ne peux pas lui faire le même coup qu’à Davy et qu’à Zébulon. Pour une fois, il faut que je sois franc et que je lui tende une perche. Un jeu plutôt risqué, surtout si je me suis trompé sur le personnage. Je commence donc par lui donner mon sentiment du jour, en insistant sur le fait que j’ai l’intime conviction que quelque chose ne tourne pas rond dans ce service. J’évite de lui parler de la grande discussion que j’ai eu avec la Cheftaine sur cette histoire de complot imbécile et j’attends donc qu’elle me fasse un signe.
Plutôt directe, Raymonde me confie qu’il y a en effet de gros soucis au sein du personnel. L’équipe est scindée en deux : d’un côté la Cheftaine et sa cours, de l’autre le reste de l’équipe. A ce que je comprends, il y a des histoires de primes, d’heures supplémentaires bidons et de coups de jarnac dans l’air. Des rapports aussi, ce qui ne m’étonne pas après la discussion que j’ai eu avec Zébulon au sujet de Marie-Madeleine. Elle enchaine ensuite en me parlant d’une histoire plutôt étrange qui s’est produite peu avant mon arrivée.
Voilà quelques mois de ça, le frigo se trouvant dans la salle de repos est tombé en rade. Comme la plupart des frigos, celui-ci s’est éteint du jour au lendemain. De sa belle mort. La Cheftaine a donc entreprit de le remplacer en puisant dans la caisse du service. Jusque là, tout est normal. Là où ça devient un peu flippant, c’est que Raymonde poursuit en me disant que la patronne a procédé au remplacement de la vilaine machine en pleine nuit. Et qu’au lieu d’avoir, le lendemain, un frigo neuf, le service a récolté l’ancien frigo de la grande Cheftaine. Grande Cheftaine qui s’est donc gardée le nouveau frigo tout neuf pour chez elle, dans son super appartement payé par la collectivité. Le même appartement dans lequel elle s’est fait livrer sa fabuleuse cuisine aménagée, payée vraisemblablement par la même municipalité. Une municipalité dont certains élus seraient étonnamment proches de notre chef incontestées.
Oui, c’est sûr, je ne suis pas le seul à mener ma petite enquête et j’ai bien l’impression d’avoir flairé un sacré gros gibier. Ca promet donc pour la suite…
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