Il y a un truc qu’on retrouve souvent dans les petites entreprises, c’est le repas du midi. Mais si, vous savez, cette longue pause que vous passez à faire semblant d’être les amis de vos collègues. Ces moments grandioses où vous avez cette chance si rare de les voir se confier à vous. De serrer entre vos petits doigts tout boudinés leur humanité si singulière. Ouais, le repas du midi, c’est quelque chose qu’on invente pas. Le seul truc de positif dans cette tradition, c’est qu’après le repas vient le moment libérateur de la cigarette.

Dans l’équipe, on est pas nombreux à fumer. C’est une constatation toute simple mais vous allez voir qu’elle a son importance. Donc les fumeurs sont en sous effectifs. Pas trop montrés du doigt, mais un peu quand même. Bah oui, il est bien connu que ces enfoirés de fumeurs sont responsables du trou de la sécurité sociale. Ou alors de celui de la couche d’ozone. Merde, je me trompe toujours de trou (oui oui, elle était facile celle là mais je n’ai jamais dit que j’étais quelqu’un de fin ou de raffiné).

Manque de bol, la seule autre personne à fumer sur ce repas-là, c’est Davy. L’homme à la main molle. Le petit garçon qui passe ses journées caché derrière son bureau, enfermé dans son univers plein de fées et de lutins. Donc me voilà tranquillement face à lui, sans trop savoir comment entamer la discussion. Apparemment, c’est un peu pareil pour lui vu qu’il n’arrive pas à tenir sur sa chaise. Un ange passe, puis un deuxième et voilà que, j’ignore comment, nous commençons à parler de l’armée et donc, par extension, du service militaire. D’un coup, son visage s’anime complètement. Le regard un peu fou, il m’explique son passé de héros, la manière dont il a ridiculisé à maintes reprises son imbécile d’adjudant en chef. Passionnant, vous en conviendrez.

Curieux malgré moi, j’essaye de l’amener à me parler des douches collectives. Comme ça, parce que j’ai l’impression que c’est un sujet sur lequel il a beaucoup de choses à dire. Forcément, il reste plutôt évasif, rougissant autant qu’il le peut puis, sans que je comprenne pourquoi, il commence à me parler de la Matronne. Cette fois, c’est moi qui ne suis plus très à l’aise. Mais il ne semble pas le remarquer, et continue de plus belle en évoquant la prestance du mastodonte. Oui, sa prestance. Même technique, je ferme ma gueule en lui donnant l’impression que je suis là pour l’écouter. Pour qu’il se confie. Ca marche souvent.

Notre Davy national ne flaire pas la supercherie et il continue donc sur sa lancée. Oui, la Matronne possède cette grâce aérienne propre aux nymphes de l’antiquité. Oui, son sourire est à la fois un réconfort mais également une promesse d’avenir. Oui, il pense souvent à elle. Non, il n’a pas fait attention à ces deux énormes nichons qui s’entrechoquent entre eux comme de fières montagnes. Non, le mot frigide n’est pas le premier qui lui vient à l’esprit quand il pense à elle. Là où ça commence à devenir vraiment flippant, c’est quand il me raconte ces rêves humides qu’il a fait à plusieurs reprises. Des rêves inavouables, qui lui ont laissé un gout sucré dans la bouche le lendemain au réveil.

Vous l’aurez compris, il faut vraiment que j’arrête de fumer. Ou, à la rigueur, que j’arrête de manger.

Putain, il va m’en falloir des années de thérapies afin de pouvoir retrouver une sexualité normale…



2 Responses to “Demain, j’arrête de fumer”  

  1. 1 osmany

    Le tabac, c’est tabou, on en… ;-)

  2. 2 Dante

    Ouais surtout dans la fonction publique, faut surtout tourner aux calmants et à l’alcool. De préférence les deux en même temps. Paraît que ca fait circuler le sang et que ça oxygène le cerveau. Méthode à tester, donc.


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