Histoire de foutre un peu plus la merde dans les services et de fonctionner encore moins bien, il faut savoir que les municipalités intègrent un système de quotas très particulier. C’est-à-dire qu’à part les branleurs et autres, les collectivités doivent en plus embaucher des handicapés. Physiques ou intellectuels, c’est selon. Bon, moi j’ai rien contre mais vous allez voir que ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Quand la Cheftaine se marre, c’est toujours mauvais signe. Pour être complètement franc, ça sent même un peu toujours la merde. Essentiellement pour nous, d’ailleurs. Son sens de l’humour étant ce qu’il est, on peut être sûr de s’en prendre dans la gueule quelque chose de bien.

Une fois n’est pas coutume, la Grande Salope me fait signe pour que je la rejoigne dans son bureau. Histoire sans doute de partager avec moi une franche rigolade. Je me pointe donc, un peu méfiant, puis elle m’invite à venir voir quelque chose sur son ordinateur. Une fois que je suis derrière elle, outre son string très apparent,  je constate qu’elle tient des dossiers sur l’ensemble du personnel. Bah en même temps, les rapports, faut bien les stocker quelque part. Je note donc mentalement le chemin de mon dossier à moi, histoire d’y revenir un peu plus tard quand elle ne sera plus là. Oui, je sais, c’est pas gentil mais j’en ai pas grand chose à foutre.

Donc voilà qu’elle pointe du doigt le dossier de Marie-Madeleine. Pour les branleurs qui ont eu la flemme de lire tous mes billets, Marie-Madeleine illustre parfaitement l’introduction de celui-ci. Catholique intégriste et convaincue, on ne peut pas dire qu’elle a la lumière à tous les étages. Elle est même du genre spéciale, enfin plus encore que le fonctionnaire type. Donc je regarde tranquillement son dossier, lorsque je me rends compte que la Cheftaine en a modifié l’icône pour y mettre le sigle des handicapés.

Sympathique comme je suis, je lui fais remarquer que cette initiative peut sembler un peu déplacée. Elle me regarde comme un poisson mort avant de me demander de développer un peu plus. Et me voilà en train de lui expliquer que le service des ressources humaines de la collectivité ne serait pas forcément ravi qu’elle illustre de cette façon les quotas auxquels nous sommes soumis. La remarque semble faire mouche dans la mesure où, durant quelques minutes, la Cheftaine semble de plus réagir. Elle reste en effet immobile, le regard fixe, sans doute en train de réfléchir à mes propos.

Puis, sans détours, elle conclue sa méditation en me confiant qu’elle n’aime ni les vieux, ni les anormaux. Qu’ils l’agacent, qu’ils nuisent à la bonne tenue du service et que, si elle le pouvait, elle n’hésiterait pas à faire un bon coup de ménage.

Et humaniste, avec ça.


Depuis le temps, vous devez l’avoir compris, Davy reste un personnage singulier et même emblématique de notre service. Emblématique parce que derrière ses petits yeux morts se cachent en réalité fureur et ressentiment. Ce mec là n’est pas très clair et ce ne sont pas ses poignées de main qui le contrediront.

Quand vous serrez la main de Davy, toute votre vie défile sous vos yeux. Vous avez beau apporter vos couilles avec vous, mais rien n’y fait : c’est un choc érotico-magnétique qui vous laisse sans voix. Une rupture, comme si votre virilité vous explosait dans les mains, le plaisir en moins. Ce mec est de ces gars qui ont les mains molles. Molles et humides. Si bien qu’on a l’impression de serrer entre ses doigts des poissons morts depuis longtemps déjà.

Aujourd’hui, j’ai de la chance parce qu’il n’est pas là. Et comme il n’est pas présent, je n’ai pas à lui serrer la main. Ca n’a l’air de rien, comme ça, mais si vous le connaissiez je peux vous assurer que vous en remerceriez le ciel.

Donc comme il n’est pas là, il est naturel que j’en profite. En arrivant au boulot, je commence donc par planter mon ordinateur quelque chose de bien. Juste histoire qu’il ne puisse plus s’allumer. Avec l’air d’un mec qui se prépare à se jeter du haut d’un pont, je m’incruste donc dans le bureau de la Cheftaine et je lui expose les raisons pour lesquelles je ne pourrai pas lui rendre mon rapport. Forcément, la nouvelle l’angoisse, dans la mesure où elle en a absolument besoin afin de pouvoir coller son nom dessus et se faire mousser auprès des élus. Comme je l’avais prévu (oui, je suis un de ces froids calculateurs), elle me propose de profiter de l’absence de Davy pour prendre son poste et en finir avec ce boulot urgent.

Une fois seul, j’allume donc son poste et j’en profite pour faire tourner un petit logiciel de récupération. Là aussi, faut reconnaître que la technologie, c’est bandant. La plupart des gens pense que vider sa corbeille et virer les fichiers temporaires du navigateur suffit à s’assurer que personne ne puisse savoir ce qu’ils font de leur machine. Et bien je suis à l’avance désolé pour tous les petits branleurs en herbe que vous êtes, parce que ce n’est pas le cas. Certains logiciels spécifiques permettent ainsi de retrouver les données « perdues ». Bon, faut s’y connaître un minimum, mais ça reste très faisable. Sauf pour les huitres marinières, mais il s’agit là de cas extrêmes.

Donc le petit logiciel fait son boulot, et voilà que je ne suis pas surpris d’apprendre que notre ami Davy aime tout particulièrement visiter les sites pornographiques durant ses heures de boulot. Mais attention, pas n’importe lesquels. Il aurait pu se contenter de quelques photos de Clara Morgane (les mots magiques pour gagner quelques visites) ou encore de quelques vidéos de Carmen Electra (oui, je sais, j’en profite, c’est pour la bonne cause), mais il n’en est rien. Ce que Davy aime, ce sont les filles avec des pénis (ou les hommes avec des seins, c’est selon…) ainsi que les gros blacks bien membrés. De quoi me calmer quelque chose de bien. On notera aussi qu’il n’a rien contre les gros nichons ni même contre les fermières scandinaves.

Alors bon, pour qui connaît un peu Internet, il peut arriver qu’on se prenne des pubs de cul dans la tête. C’est arrivé à tout le monde, moi le premier. Mais là, en fait, c’est pas spécialement le cas. C’est pas le cas parce que sur chacun de ces fichiers, on a l’adresse du site à partir duquel le navigateur les a téléchargé. Et que ce site, et bien c’est souvent le même. Le vilain Davy a donc ses habitudes. Oui, ses perverses petites habitudes.

Comme quoi, je vais désormais éviter de lui serrer la main.


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Putain de technologie de merde. Non franchement, là-dessus, les petits enfants chinois ont bien merdé. Bande de branleurs, tiens. Toujours à rien foutre ! Même pas capables de se servir correctement de leurs toutes petites mains. Soixante euros de dépensé pour un lecteur MP3 infoutu (du verbe « infoutre », s’il vous plaît…) d’enregistrer correctement la conversation d’une bande de connards. Moi je vous le dis, il y a des claques qui se perdent !

Celà dit, si l’enregistrement n’est pas complet et si certains passages sont vraiment inaudibles, ce n’est pas le cas pour toute la bande. En effet, par on ne sait quel miracle taïwanais, je suis parvenu à comprendre en substance une grande partie de la discussion. Remarquez, tout au fond de moi, je suis presque rassuré de ne pas avoir tout entendu. Bah ouais, ce que j’en ai compris, c’est déjà amplement suffisant.

Parce que faut bien l’avouer, dans l’intimité, la Cheftaine se lache. D’ailleurs, la Matronne aux gros seins et le petit Davy ne sont pas en reste. Quand même, quelle belle bande de faux culs. De faux culs, et de connards aussi.

Entendons-nous bien, je ne suis pas un mec bien. Même pas fréquentable. J’oscille sensiblement entre la mauvaise foi et l’arrivisme. Sans compter que la morale n’est pas forcément une qualité qui prime chez moi. Bien au contraire, je suis de ceux qui aiment à penser que la fin justifie les moyens. Pour tout vous dire, j’aime beaucoup Nietzsche. Ouais, je suis un parfait salaud. Mais quand même, comparé à eux, j’ai de la marge…

Très clairement, ils n’aiment pas les vieilles et encore moins Raymonde. D’ailleurs, la Cheftaine s’est très gentiment proposée pour l’euthanasier, histoire de faire du bien à l’humanité. Une proposition que la Matronne, Davy et Zébulon ont accueilli à bras grands ouverts, même s’ils ont précisé qu’il suffisait d’attendre que le temps passe pour s’en débarrasser. En parlant de Davy, justement, il semble qu’il n’aime pas beaucoup Marie-Madeleine, qu’il soupçonne vaguement de se flageller après s’être masturbée. Bon, passons, ce dernier point aurait aussi pu me traverser l’esprit.

Mais là où c’est devenu très intéressant, c’est quand ils ont commencé à parler de primes. La Cheftaine et la Matronne touchent ainsi des primes dont le reste du personnel n’a jamais entendu parler. Des primes assez spécifiques, puisqu’elles nécessitent d’être à la fois chef de service et à la fois cadres de catégorie A. Précisons, tout de même, que ni la patronne, ni la grosse, ne respectent ces deux critères.

Ce qui semble ne pas les ennuyer plus que ça. Bénéficiant du soutien indéfectible du Chiffre, les deux comparses ont réussi à magouiller pour les obtenir. Tout ce qu’elles avaient à faire, en contrepartie, était de ne pas faire allusion à ces primes devant le personnel. Ni à celles-ci, ni à celles que nous aurions pu toucher en toute légalité…

Un point qui n’a pas eu l’air de les embarrasser plus que ça. Je suppose que, dans cette histoire, nous ne sommes que des dommages collatéraux sans importance. D’ailleurs, à ce sujet, il va falloir que je fasse très attention pour la suite des évènements. On pourrait très bien m’euthanasier si je devais, un jour, ouvrir ma grande gueule.


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Quelque chose ne tourne pas rond. Si vous avez lu tous mes billets jusqu’à présent, vous devez en être arrivé à la même conclusion que moi. La Cheftaine est bizarre. La Matronne n’est pas claire. Zébulon cache des choses. Et Davy est un personnage vraiment inquiétant. Oui, j’en suis à présent convaincu, je me trouve derrière les lignes ennemies. Derrière, et seul. Même Raymonde ne pourra rien pour moi, elle doit uniquement sa survie à sa discrétion et à sa faculté de se dissimuler dans les ombres.

Je dois donc faire quelque chose.

Et c’est là que la technologie rentre en jeu. Rendez-vous compte, pour quelques dizaines d’euros, vous pouvez vous procurer un lecteur MP3 minuscule qui tient dans la main. D’ailleurs, ça a quelque chose de réconfortant. Si petit, si fragile, si invisible. Oui, invisible. La technologie fait donc des miracles, d’autant plus que la plupart de ces appareils intègrent un microphone. La grande classe, quoi.

Réunion au sommet ce matin. La Cheftaine invite ses sbires dans son bureau après le café. Forcément, je décide de ne pas y monter. J’ai mieux à faire. Il faut en effet que je sache, que je sache ce qui se dit quand la porte est fermée, quand ils restent entre eux. C’est une question de survie, je n’ai pas le choix. Et tant pis si je dois enfreindre quelques règles.

J’enfile donc rapidemment ma tenue de camouflage ainsi que mes rangers. Après avoir vérifié à la ronde que les bureaux sont bien déserts, je commence à ramper sur le sol jusqu’au bureau de la Cheftaine. Les obstacles sont nombreux, j’évite avec soin quelques mines anti-personnelles (la salope, quand même), puis me faufille à travers l’embrasure de la porte. Je sais que je risque beaucoup. Si l’un des ennemis redescend, c’en est fini de moi, de ma carrière au sein de la fonction publique et même de ce blog. Mais que voulez-vous, on est un héros ou bien on l’est pas.

Epuisé, à bout de force, je continue néanmoins de ramper jusque sous son bureau lorsqu’un bruit singulier se fait entendre. Le pas lourd et irrégulier de Davy. Légèrement flippé, je me recroqueville entre la corbeille de papier, la chaise et les immondices qui jonchent le sol. Putain de femme de ménage, j’avais oublié qu’elle était en arrêt depuis une semaine au moins.

Je tends l’oreille, à l’affût. Davy semble prendre quelque chose sur son bureau. Quelques minutes passent, puis j’entends ses pas s’éloigner. La voie est libre, j’ai un créneau, je dois le prendre. Je sors donc mon lecteur MP3, vérifie qu’il est bien configuré en mode microphone puis le scotche sous le bureau de la Cheftaine. J’ignore combien de temps il tiendra, s’il pourra enregistrer quelque chose, mais je n’ai pas le choix. Il faut que je sache.

Le plus dur, ce sera sans doute de le récupérer… Mon courage devra être mis à l’épreuve et je vais devoir enfreindre une nouvelle règle. Pire, je vais même devoir aller à l’encontre de mes valeurs. De toute mon éducation.

Oui, ce soir, je vais devoir faire des heures supplémentaires afin de rester après tout le monde pour pouvoir récupérer mon lecteur MP3.

Chienne de vie !


Le Chiffre…

15mai07

C’est aussi inévitable que la syphilis dans les universités américaines, lorsque la Cheftaine s’habille comme une pute, c’est qu’elle a un rendez-vous important dans la journée. Et plus elle montre ses nichons, et plus elle montre son cul, et plus vous pouvez être sûr qu’il s’agit d’une réunion importante. Pas pour le service, ni pour nous, mais juste pour elle. En même temps, écarter les cuisses pour les autres, c’est pas une attitude si courante que ça…

Donc ce matin, elle ne déroge pas à la règle. Chemisier noir en dentelles, très largement entrebaillé, et la jupe au cul. Du cuir, forcément. Pour compléter la panoplie, une paire de talons hauts, effilés, et des faux ongles à l’américaine. D’ailleurs, Pamela Anderson doit avoir les mêmes.

Sur un grand sourire, elle nous annonce donc qu’il ne faut pas compter sur elle ce midi, qu’elle ira manger à l’extérieur. Stoïque, j’évite de penser ou de parler d’hotel. Instinctivement, je me doute que ce ne serait pas une bonne idée.

Comme vous le savez déjà, la tradition fait que nous mangeons tous ensemble le midi. Oui, toute l’équipe. Raymonde, Marie-Madeleine, Zébulon, la Matronne Sado-Masochiste, ce brave Davy et les autres. Manger ensemble, ça ne veut pas nécessairement dire parler ensemble, mais passons. Donc nous sommes tous là, à nous regarder dans le blanc des yeux, quand la Cheftaine fait son entrée. Pas seule, forcément.

A côté d’elle, donc, un type long, vouté, maigre. Comme un « i » qui se casserait légèrement la gueule vers l’avant. Mentalement, je remarque qu’il n’est pas tout jeune, quand la patronne me le présente comme notre élu. Oui, le notre. Du coup, poignée de main. Il me la joue à la jeuns, les yeux dans les yeux et le sourire au bord des lèvres. Sauf qu’au bord des lèvres, il a pas que ça. Trace de rouge à lèvre de la Cheftaine, ça pardonne pas. Soit il ne l’a pas remarqué, soit il s’en fout. L’alliance me pousserait à opter pour le premier choix.

Oui, faut bien l’avouer, la politique est omniprésente dans nos vies de fonctionnaires. Et puis, surtout dans celle de la Cheftaine…


Une journée de merde comme une autre dans la vie d’un fonctionnaire. Ce matin, j’arrive légèrement en avance, croise une Marie-Madeleine hagarde qui avance en dodelinant de la tête puis lance un « bonjour » collectif avant de filer droit vers mon bureau. Une fois n’est pas coutume, j’ai du boulot qui m’attend. Enfin, pas du travail dans le sens où vous l’entendez, plutôt des informations complémentaires à glaner. Une semaine, c’est suffisant pour se rendre compte que quelque chose ne tourne pas rond ici. Maintenant, j’ai besoin de savoir si je suis le seul à trouver ça louche ou si je peux trouver du soutien quelque part.

Forcément, je pense immédiatement aux « vieilles salopes », comme dirait la Cheftaine. L’ennemi de mon ennemi étant mon ami, je décide donc de me rendre au fin fond du service afin de rencontrer la plus vieille de toutes, la grande Raymonde.

Raymonde, c’est un peu l’éléphant du service. Trente ans de service, trente ans d’histoire, elle a survécut à de nombreux chefaillons ainsi qu’à de nombreuses municipalités. En gros, c’est quelqu’un qui peut m’apprendre à survivre et puisque la Cheftaine ainsi que ses sbires tendent à la considérer comme le Mal incarné, c’est qu’elle doit être plutôt sympa. Raison de plus de faire sa connaissance.

Coup de chance, elle est à son bureau. Comme elle est intelligente, je sais d’entrée de jeu que je ne peux pas lui faire le même coup qu’à Davy et qu’à Zébulon. Pour une fois, il faut que je sois franc et que je lui tende une perche. Un jeu plutôt risqué, surtout si je me suis trompé sur le personnage. Je commence donc par lui donner mon sentiment du jour, en insistant sur le fait que j’ai l’intime conviction que quelque chose ne tourne pas rond dans ce service. J’évite de lui parler de la grande discussion que j’ai eu avec la Cheftaine sur cette histoire de complot imbécile et j’attends donc qu’elle me fasse un signe.

Plutôt directe, Raymonde me confie qu’il y a en effet de gros soucis au sein du personnel. L’équipe est scindée en deux : d’un côté la Cheftaine et sa cours, de l’autre le reste de l’équipe. A ce que je comprends, il y a des histoires de primes, d’heures supplémentaires bidons et de coups de jarnac dans l’air. Des rapports aussi, ce qui ne m’étonne pas après la discussion que j’ai eu avec Zébulon au sujet de Marie-Madeleine. Elle enchaine ensuite en me parlant d’une histoire plutôt étrange qui s’est produite peu avant mon arrivée.

Voilà quelques mois de ça, le frigo se trouvant dans la salle de repos est tombé en rade. Comme la plupart des frigos, celui-ci s’est éteint du jour au lendemain. De sa belle mort. La Cheftaine a donc entreprit de le remplacer en puisant dans la caisse du service. Jusque là, tout est normal. Là où ça devient un peu flippant, c’est que Raymonde poursuit en me disant que la patronne a procédé au remplacement de la vilaine machine en pleine nuit. Et qu’au lieu d’avoir, le lendemain, un frigo neuf, le service a récolté l’ancien frigo de la grande Cheftaine. Grande Cheftaine qui s’est donc gardée le nouveau frigo tout neuf pour chez elle, dans son super appartement payé par la collectivité. Le même appartement dans lequel elle s’est fait livrer sa fabuleuse cuisine aménagée, payée vraisemblablement par la même municipalité. Une municipalité dont certains élus seraient étonnamment proches de notre chef incontestées.

Oui, c’est sûr, je ne suis pas le seul à mener ma petite enquête et j’ai bien l’impression d’avoir flairé un sacré gros gibier. Ca promet donc pour la suite…


Amen

11mai07
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Athmosphère électrique au boulot aujourd’hui. La Cheftaine a l’air dans tous ses états. Elle alterne reniflements et longs soupirs. Pas bon signe. En arrivant ce matin, pas un bonjour. Elle a juste fait signe à Davy, à la Matronne ainsi qu’à une autre de venir la rejoindre dans son bureau. Réunion au sommet, sans aucun doute. Au bout d’une heure et demie de messes basses et de grognements, ils ressortent tous les quatre. La Cheftaine choppe la Matronne, fait vaguement allusion à une réunion urgente en mairie et se barre. Davy, rouge et silencieux comme à son habitude, retourne se murer dans son bureau.

La troisième, Zébulon, semble se diriger vers la salle fumeur. La voie est libre, j’en profite donc pour la suivre histoire de la cuisiner un peu. Pour survivre, il vaut mieux être informé. J’arrive donc dans la salle enfumée. Grand sourire, elle m’invite à m’assoir à côté d’elle histoire de tailler le bout de gras. Je ne la connais pas très bien, mais elle n’a pas l’air d’avoir la lumière à tous les étages. Tant mieux, ce sera facile.

Pour faire parler les gens, il n’y a rien de plus simple. Il suffit de leur donner l’impression qu’on s’intéresse à eux. Le reste vient tout seul. Je la complimente donc sur sa tenue et tout en feignant l’inquiétude, je lui fais remarquer qu’elle a l’air fatiguée. Là dessus, je ne prends pas beaucoup de risques. Ne me demandez pas pourquoi, mais la plupart des fonctionnaires sont tout le temps crevés. Ca ne loupe pas, elle me répond que c’est le cas puis commence à vomir sa vie sur mes genoux. Elle m’explique qu’elle a deux enfants à charge, que son ex n’est qu’un connard et qu’elle doit avoir de gros problèmes avec les mecs. Je la soupçonne surtout d’avoir la cuisse légère ce qui, il est vrai, ne doit rien arranger.

Avec l’air de ne pas y toucher, j’évoque la réunion secrète du matin. Dans le mille, elle me sort tout ce qu’elle sait. La Cheftaine et Marie-Madeleine, une autre fille de l’équipe, se sont pris la gueule. Zébulon m’apprend que ce n’est pas nouveau, qu’elles sont en conflit depuis des années déjà. Apparemment, la vilaine Marie-Madeleine est une catholique doublée d’une intégriste. Elle m’explique également qu’elle a plus de 50 ans, qu’elle vit toujours chez ses parents et qu’elle est un peu limitée intellectuellement. Forcément, niveau passif, il y a mieux. En me rallumant une seconde cigarette, je lui demande ce qui s’est passé pour qu’elles en arrivent là. Je balance au passage un petit sourire histoire de la maintenir en confiance.

Courageuse comme pas deux, elle prend tout de suite la défense de la Cheftaine. Je m’y attendais un peu. Elle me déclare donc que la patronne a engueulé copieusement Marie-Madeleine parce qu’elle recopiait des contes pour enfants et que cette dernière, en larmes, a quitté son poste un quart d’heure plus tôt. Du coup, la Cheftaine a réuni la fine équipe afin de coller un rapport au cul de la vilaine catholique. Etonné, je lui demande ce que la Cheftaine a bien pu lui dire pour qu’elle se mette dans tous ses états.

Ce à quoi notre charmante Zébulon me répond que ce n’est pas important, que Marie-Madeleine n’est qu’une chialeuse née.


Il y a un truc qu’on retrouve souvent dans les petites entreprises, c’est le repas du midi. Mais si, vous savez, cette longue pause que vous passez à faire semblant d’être les amis de vos collègues. Ces moments grandioses où vous avez cette chance si rare de les voir se confier à vous. De serrer entre vos petits doigts tout boudinés leur humanité si singulière. Ouais, le repas du midi, c’est quelque chose qu’on invente pas. Le seul truc de positif dans cette tradition, c’est qu’après le repas vient le moment libérateur de la cigarette.

Dans l’équipe, on est pas nombreux à fumer. C’est une constatation toute simple mais vous allez voir qu’elle a son importance. Donc les fumeurs sont en sous effectifs. Pas trop montrés du doigt, mais un peu quand même. Bah oui, il est bien connu que ces enfoirés de fumeurs sont responsables du trou de la sécurité sociale. Ou alors de celui de la couche d’ozone. Merde, je me trompe toujours de trou (oui oui, elle était facile celle là mais je n’ai jamais dit que j’étais quelqu’un de fin ou de raffiné).

Manque de bol, la seule autre personne à fumer sur ce repas-là, c’est Davy. L’homme à la main molle. Le petit garçon qui passe ses journées caché derrière son bureau, enfermé dans son univers plein de fées et de lutins. Donc me voilà tranquillement face à lui, sans trop savoir comment entamer la discussion. Apparemment, c’est un peu pareil pour lui vu qu’il n’arrive pas à tenir sur sa chaise. Un ange passe, puis un deuxième et voilà que, j’ignore comment, nous commençons à parler de l’armée et donc, par extension, du service militaire. D’un coup, son visage s’anime complètement. Le regard un peu fou, il m’explique son passé de héros, la manière dont il a ridiculisé à maintes reprises son imbécile d’adjudant en chef. Passionnant, vous en conviendrez.

Curieux malgré moi, j’essaye de l’amener à me parler des douches collectives. Comme ça, parce que j’ai l’impression que c’est un sujet sur lequel il a beaucoup de choses à dire. Forcément, il reste plutôt évasif, rougissant autant qu’il le peut puis, sans que je comprenne pourquoi, il commence à me parler de la Matronne. Cette fois, c’est moi qui ne suis plus très à l’aise. Mais il ne semble pas le remarquer, et continue de plus belle en évoquant la prestance du mastodonte. Oui, sa prestance. Même technique, je ferme ma gueule en lui donnant l’impression que je suis là pour l’écouter. Pour qu’il se confie. Ca marche souvent.

Notre Davy national ne flaire pas la supercherie et il continue donc sur sa lancée. Oui, la Matronne possède cette grâce aérienne propre aux nymphes de l’antiquité. Oui, son sourire est à la fois un réconfort mais également une promesse d’avenir. Oui, il pense souvent à elle. Non, il n’a pas fait attention à ces deux énormes nichons qui s’entrechoquent entre eux comme de fières montagnes. Non, le mot frigide n’est pas le premier qui lui vient à l’esprit quand il pense à elle. Là où ça commence à devenir vraiment flippant, c’est quand il me raconte ces rêves humides qu’il a fait à plusieurs reprises. Des rêves inavouables, qui lui ont laissé un gout sucré dans la bouche le lendemain au réveil.

Vous l’aurez compris, il faut vraiment que j’arrête de fumer. Ou, à la rigueur, que j’arrête de manger.

Putain, il va m’en falloir des années de thérapies afin de pouvoir retrouver une sexualité normale…


Normalement, quand votre chefaillon vous parle de complot et que vous êtes normalement constitués, vous retournez très vite à la case ANPE. Parce que bon, déjà que bosser c’est chiant, mais en plus bosser avec des cinglés… C’est plutôt limite. Manque de pot pour moi, je n’ai jamais été vraiment sain d’esprit et ce n’est pas la Matronne qui va me contredire.

Au cas où vous n’auriez pas suivi, la Matronne est un peu le témoin silencieux de la Cheftaine. Son garde-fou. Sa très laide meilleure amie. D’ailleurs, c’est plutôt drôle quand on y pense. La plupart des femmes pas trop mal s’arrangent toujours pour trainer avec leurs copines les plus grosses et les plus laides. Ouais, vous devez l’avoir compris, c’est une question de faire-valoir.

Toujours est-il que la Matronne me fait peur. Au moment où je me lève pour aller pisser, elle se coince devant moi. Immobile, muette, le regard fixe. Flippant. D’un coup comme ça, sans prévenir, elle commence à couiner qu’elle habite la même rue que moi. Elle termine sa phrase sur un sourire large et fixe. Là-dessus, voilà que la Cheftaine bondit et vient se placer derrière moi. Histoire, sans doute, que je ne me tire pas en courant.

Et puis, sans prévenir, la voilà qui propose à la Matronne de me raccompagner et, pourquoi pas, qu’on passe la soirée ensemble. Choc. Ca va très vite, j’ai la sensation de me manger une droite bien méchante. Sous le coup, je ferme les yeux et je réponds ce qui me passe par la tête. Comme ça, sans réfléchir. Un peu connement, je l’avoue.

« Non, je pense pas que ça va être possible. »

Long reniflement de mépris chez la Cheftaine. Gloussement de colère chez la dinde, euh la Matronne. Faut croire qu’elle n’a pas eu de mec depuis longtemps. C’est pas drôle, on en parle pas assez de la solitude des fonctionnaires.

Quelque chose me dit que je vais m’en prendre plein la gueule et que j’ai plutôt intérêt à protéger mes arrières.

Putain, mais en même temps, je pouvais vraiment pas faire autrement…


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On le sait depuis quelques temps, les vieux coutent cher. Ils coutent cher et encore plus quand ils sont fonctionnaires. Faut dire ce qui est, hein, et c’est pas de moi. Donc les vieux sont dangereux, d’autant plus qu’ils détestent les jeunes. Ca se voit, ils les regardent bizarrement en serrant leur petit sac contre eux. Sans compter qu’ils osent en plus nous rappeler ce qui nous attend. Non, je vous le dis comme je le pense, les vieux, ça craint.

Alors quand la Cheftaine commence à se confier à moi et qu’elle me dit qu’une partie de l’équipe est constituée de vieilles salopes perfides, je ne lève même pas le nez de mon écran. Faut dire aussi qu’elle a l’air sacrément inquiète, la pauvre, rien que de s’imaginer qu’un jour, oui un jour, ses nichons finiront par se casser la gueule.

Elle ne s’arrête là, bien sûr, en rajoutant qu’en plus de leur méchanceté, les vieilles salopes sont mono taches. Oui, mono taches. Pour tous les petits incultes de la blogosphère, ça veut dire qu’elles savent faire qu’une seule chose à la fois. D’ailleurs, une seule chose tout court. Donc la Cheftaine me confie tous ses maux, un peu comme pour me rallier à sa cause. Légèrement. Et c’est qu’elle me fait presque de la peine, la pauvre petite, avec son regard larmoyant et son cul un peu lourd. A sa décharge, être un bon chefaillon, c’est pas toujours facile. Faut jongler avec son égo, celui de ses sbires (mais pas trop quand même) et le tout en passant pour une sainte.

Là où ça devient intéressant, c’est lorsqu’elle commence à me parler de complots. Complot, c’est un mot un peu fort, de ceux que l’on entend dans la bouche des vilains cinglés génétiques (oui, il faut suivre, la folie est génétique depuis hier). Donc, selon elle, la plus vieille de toutes est également la plus diabolique. Du genre à sacrifier des pigeons dans sa baignoire (ça changera des moutons). Et qu’elle est touchante, la pauvre, avec sa grosse larme roulant sur sa joue. A la fois fragile et grandiose. Comme une pièce de Ionesco.

Le plus amusant, évidemment, c’est que je n’ai jamais entendu ce genre de commentaires dans la bouche des vieilles diaboliques… Doivent juste être plus manipulatrices que les jeunettes.

Ah, quelle bande de salopes, ces vieilles…




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